Béthanie - La Pensée du Seigneur pour Son Assemblée
par T. Austin-Sparks

La chambre haute du livre des Actes cor­respond à Béthanie, «la maison des figues» et Béthanie correspond à la chambre haute. Nous allons nous arrêter sur cette pensée, et chercher, avec le secours du Seigneur, tout ce qu'elle contient de valeur et de lumière spirituelles. Car ce qui est proposé à notre méditation, c'est le désir du Seigneur d'avoir à la fin ce qu'Il avait eu au commencement, d'avoir au sein de Son peuple, spirituellement, ce qu'Il avait Lui-même constitué au com­mencement par Sa présence personnelle. Si l'on me demandait d'exprimer en une phrase ce que je sens être l'objet du Seigneur, je dirais, symboliquement parlant, que ce sont des « Béthanies » : car Béthanie. pour moi, correspond à la pensée du Seigneur de la façon la plus complète. Son désir est d'avoir toutes choses sur la base de Béthanie, cons­tituées sur le modèle de Béthanie, et de voir Son Église universelle représentée localement par autant de « Béthanies ». Considérons maintenant sept passages dans lesquels Béthanie est mentionnée.

Le Seigneur Reconnu et Reçu

Luc 10:38 « Et il arriva, comme ils étaient en chemin, qu'il entra dans un village (n’oublions pas que les villages représentent des assemblées locales). Et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison (nous savons maintenant à qui appartenait la maison, qui en était la maîtresse). Et elle avait une sœur appelée Marie, qui aussi, s'étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole; mais Marthe était distraite par beaucoup de service. Et étant venue à Jésus, elle dit … »

Dans cette première mention de Béthanie, nous avons une ou deux choses qui représen­tent, en principe, cette Église, cette assemblée, cette maison que le Seigneur désire si ardem­ment. Et nous soulignons immédiatement un mot: « Et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison ». Ce mot «reçut » est la clef de toute cette histoire, et il représente d'emblée une différence importante. C'est un mot qui établit une distinction, qui souligne une différence.

Nous nous souvenons que, lorsque le Seigneur quitta la gloire pour venir sur cette terre, il est dit de Lui: «Il vint chez soi; et les siens ne l'ont pas reçu.» (Jean 1 :11). Nous nous Souvenons qu'Il a dit de Lui-même : «Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des demeures; mais le fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête.» (Matthieu 8 :20). Et si nous nous rappelons qui est Celui dont parle le premier passage, et qui est Celui qui a prononcé les paroles du second, - si les yeux de notre cœur peuvent s’ouvrir à la réelle signification et à la portée des choses, nous en resterons stupéfaits. Lui, le Créateur de tout ce qui existe, Celui qui possède toutes choses, le Seigneur du Ciel et de la terre, Celui qui a sur toutes choses le droit de pro­priété, devant lequel aucun être vivant dans l'univers tout entier ne peut faire valoir la moindre prétention, le Seigneur par qui et pour qui toutes choses ont été faites, Il est venu; Lui, et dans le monde qu'Il avait créé, dans ce domaine où Il avait tous les droits souverains, Il n'eut pas un lieu où Il puisse reposer Sa tête! Il n'a pas été reçu!

Et pour dépeindre réellement l'attitude de ceux de Sa propre nation à Son égard, Il les représente disant : « Mais les cultivateurs, voyant le fils, dirent entre eux, Celui-ci est l'héritier; venez, tuons-le, et possédons son héritage. Et l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne ... » (Matthieu 21 :38-39).

Mais nous lisons dans notre passage : « Et une femme, nommée Marthe, le reçut... » ­, « Mon église », « Mon église » (Matthieu 16 :18). Son assemblée, Sa Maison, c'est le lieu où Il est reçu avec joie et où Il trouve Son repos. C'est Sa place, Sa place dans un monde qui Le rejette; c’est le lieu où Il est reconnu.

Avons-nous remarqué que, lorsque des assemblées se répandent sur la face de la terre, c'est toujours cela qui est le commen­cement d'une assemblée : les hommes « re­çoivent » la parole. La Pentecôte ne fut pas autre chose : «Ceux donc qui reçurent sa parole…» (Actes 2 :41). A Philippes, « Et une femme nommée Lydie, marchande de pourpre de la ville de Thyatire, qui servait Dieu, écoutait; et le Seigneur lui ouvrit le cœur pour qu'elle fût attentive aux choses que Paul disait. Et après qu'elle eut été baptisée ainsi que sa maison, elle nous pria, disant, Si vous jugez que je suis fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison, et demeurez-y… » (Actes 16 :14-15). Voilà le com­mencement de l'assemblée, et il en est par­tout ainsi. C'est une compréhension spiri­tuelle de la Parole, qui est ensuite reçue dans un cœur tout ouvert. C'est le premier trait qui caractérise Son Église. « Il est reçu » ; une place Lui est donnée, la place d'honneur. C'est très simple, mais c'est beaucoup pour le Seigneur; et pour nous aussi c'est beaucoup; car cela va nous conduire très loin, et représente quelque chose de bien plus grand qu'une courte visite du Seigneur au milieu de nous. Le recevoir ainsi signifie pour le Seigneur qu'Il a trouvé un foyer, une demeure, un lieu à Lui, où Il a tout ce qui Lui est nécessaire pour retrouver tous Ses droits universels. Prenons une illustration.

Nous nous souvenons de l'histoire tragique de 2 Samuel 15 où David est rejeté par son fils Absalom, l'usurpateur. C'est le récit pa­thétique du roi David chassé de son royaume ; abandonnant, étant écarté de l’étendue de ses droits. Quelques hommes dévoués l'accompagnent. Tsadok se trouve aussi avec lui, ainsi que les Lévites qui portent l'arche de l'alliance de Dieu. Mais David se tourne vers Tsadok et lui dit: « Et le roi dit à Tsadok, Reporte l'arche de Dieu dans la ville; si je trouve grâce aux yeux de l'Éternel, alors il me ramènera, et me la fera voir, elle et sa demeure. » (versets 25). Ces paroles signifiaient: ‘Quand je revien­drai dans la ville, dans ce lieu d'où je suis chassé maintenant, j'y retrouverai ce qui ré­pond à mon cœur, une chose vers laquelle je puis revenir. Je ne reviendrai pas en étranger; je ne trouverai pas le vide; je ne reviendrai pas pour ne trouver aucune place; je ne reviendrai pas sans qu'il y ait un foyer pour m'accueillir; je reviendrai à quelque chose qui m'aime et qui est un avec moi. Tsadok, je le sais, tu es un avec moi; oui, tu voulais partager l'exil avec moi, dans ta parfaite sympathie; mais retourne, retourne dans la ville, et quand je reviendrai, je retrouverai quelque chose qui est avec moi.’

C'est le principe que nous avons ici. L'as­semblée est pour le Seigneur, la demeure qui est Sienne, qu'Il occupe maintenant par Son Esprit. Elle représente pour Lui, dans le monde qui L'a rejeté, un lieu ou Il se sait chez Lui, un lieu où Il pourra revenir: Il a besoin d'avoir quelque chose qui a pris po­sition pour Lui et qui L'attend, et qui, étant pour Lui, Lui fournit la base nécessaire à la restauration de Ses droits universels, ­comme ce fut le cas pour David.

C'est pour cela que le Seigneur veut avoir Son Église constituée en assemblées, en as­semblées locales établies sur toute la face de la terre. Elles sont les témoignages à Ses droits, dans un monde où ces droits sont disputés, contestés et reniés. Par leur présence, elles déclarent en substance : « Oui, dans ce monde, ce sont Ses droits qui sont les droits suprêmes; ce ne sont pas ceux de l'usurpateur », et elles maintiennent ce té­moignage. C'est à cela qu'Il reviendra, et c'est là qu'Il trouvera le moyen, l'ins­trument dont Il aura besoin pour recouvrer Ses droits – droits qui Lui ont été disputés et dont II a été dépouillé.

Ce n'est pas peu de chose que de recevoir le Seigneur. Il reviendra chez les Siens, parce qu'Il y est déjà chez Lui. Aussi comprenons-nous pourquoi le Diable cherche toujours à détruire l'expression locale de l'Église à anéantir, si possible, ces petites compagnies du peuple de Dieu qui vivent dans une union et une communion célestes avec Lui. C'est parce qu'ils représentent Ses droits, les droits du Seigneur, et par leur présence même ils sont une négation constante des droits de l'usurpateur. L'arche du témoignage est là, et tant qu'elle est là, ayant partie liée avec le Seigneur, le triomphe de l'usurpateur ne peut être universel; il sait qu'elle représente la défaite de son royaume; elle est pour lui une menace constante, une épine dans son côté. C'est pourquoi il fera tout pour étouffer, pour briser, pour diviser, il fera n'importe quoi pour se débarrasser, s'il le peut, de cette expression locale qui est conforme à Christ et qui Lui a donné Sa Place.

C'est ce que devrait être l'Église, partout où elle est représentée, ce que devrait être l'église locale; et c'est ce que devrait être chaque croyant ici-bas : une base pour le Seigneur sur cette terre, un témoignage à Sa Sei­gneurie et à Ses droits souverains. Recevoir le Seigneur, c'est être cela pour Lui.

Nous voyons ainsi que, avec Béthanie, le tout premier pas est quelque chose d'im­mense. Il représente un principe d'une impor­tance extrême: l'Église est constituée, pour commencer, sur le simple principe que Christ a trouvé une place; au sein d'un monde qui le rejette et qui est en révolte contre Lui, Il a trouvé un lieu où Il est chez Lui.

La Satisfaction de Son Cœur

Nous continuons maintenant notre passage, « Elle le reçut dans sa maison. Et elle avait une sœur appelée Marie, qui aussi, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole. » La forme verbale employée ici dans l'original exprime une idée de durée, de continuité. On pourrait traduire littéralement: « qui, se te­nant assise aux pieds du Seigneur, persistait a écouter sa parole » - « Se tenant assise à Ses pieds, elle persistait à écouter ». C'est cela qui irrita Marthe: « Elle persistait à écouter ». Car l'observation que fait Marthe au Seigneur est exprimée au même temps, dans l'imparfait actif: « Ne considères-tu pas que ma sœur persiste à me laisser servir toute seule ? » – « Persiste à me laisser », parce qu'elle « persiste à écouter ». Quel est le sens de cela ?

Ce que nous trouvons ici, c'est ce que le Seigneur désire par-dessus tout autre chose. C'est la pleine satisfaction de Son cœur qui est ainsi représentée. Dans ce que faisait Marie, le Seigneur trouvait ce qui répondait au désir de Son cœur. C'est là toute la signification de «Béthanie».

Retournons à Matthieu 21 :12-22, où nous avons l'histoire du figuier. Jésus va et vient entre Jérusalem et Béthanie. Ce jour-là, Il à été à Jérusalem; Il a vu ce qui se faisait dans le temple, et Son cœur s'est serré. Un doulou­reux désappointement l'étreint. Il a considéré toutes choses, et sans rien dire, Il est revenu à Béthanie. Le lendemain matin, Il se remet en route; Il a faim et voit un figuier; Il s'en approche dans l'espoir d'y trouver du fruit : il n'y en a point. Jésus alors dit ces paroles : « Que jamais aucun fruit ne naisse plus de toi! ». Les disciples s'aperçoivent que l'arbre a séché, et qu'il est mort, et ils relè­vent le fait.

Or, nous le savons, ce figuier est une image de Jérusalem; il était symbole du ju­daïsme tel qu'il était à l'époque de Jésus. Le désappointement qui avait étreint Son cœur dans le temple est le même désappointement que celui qu'Il éprouve en s'approchant, pour apaiser Sa faim, du figuier qui ne porte pas de fruit. Ces deux choses n'en sont qu'une, dans ce sens que ni le judaïsme ni le figuier ne peuvent plus avoir désormais aucun inté­rêt pour Lui. Ainsi cet ordre de choses est passé au-delà de l'intérêt du Seigneur, et cela pour toujours – «Que jamais aucun fruit ne naisse plus de toi! », cela ne peut plus satisfaire le Seigneur; il passe, c'est un arbre desséché qui ne peut plus rien Lui donner.

Mais au moment où le désappointement meurtrit si douloureusement Son cœur, et s'exprime de manière si réelle, le Seigneur est sur le chemin de Béthanie, et Béthanie signi­fie « la maison des figues ». Ce n’est pas dans le temple, et ce n'est pas à Jérusalem que le Seigneur trouve ce qui peut Le satisfaire; c'est à Béthanie. C'est pour cela qu'Il aime à y retourner. Le système religieux du jour, avec ses formalités sans vie, ne peut pas satisfaire Son cœur; Il a besoin de l'atmosphère vivante et accueillante de la maison de Béthanie. Il sait bien que, si Ses pa­roles sont rejetées à Jérusalem, elles seront acceptées ici, et gardées avec soin, et qu'il y aura toujours quelqu'un qui persistera à l'écouter. Je suis frappé de voir, dans le cha­pitre second du livre des Actes, que l'un des résultats de la Pentecôte fut que les croyants « persévéraient dans la doctrine des apôtres ». Nous voyons l'Église à sa naissance, et c'est son trait caractéristique – « ils persévé­raient dans l'enseignement des apôtres ». Nous sommes tellement habitués aux paroles des Écritures que la vraie valeur des mots en arrive à nous échapper. Per­mettez-moi un exemple simple et pratique.

Nous affirmons ici certaines choses. Nous y prêtons tous une certaine attention, puis nous penserons à autre chose. Il se peut que nous nous rappelions notre méditation pendant un certain temps. Peut-être nous souvien­drons-nous longtemps de Béthanie. La men­tion de Béthanie nous rappellera quelque chose et nous remettra en mémoire certaines choses que nous avons lues. Nous parlerons peut-être de ce message comme étant plus ou moins bon, plus ou moins intéressant ou en formulant quelque appréciation de ce genre. Quelle différence entre cette attitude-là et celle de celui qui, après l'avoir lu, persévère dans l’enseignement reçu. Il nous faut inter­préter cela nous-mêmes, et nous dire sérieuse­ment: « Maintenant, que signifie pour moi persévérer dans cet enseignement de Bétha­nie? » Le sens réel du mot est ici « persister ». « Ils persistaient dans l'enseignement des apôtres » . Il y a une grande différence entre « persister dans l'enseignement reçu », et le terminer en disant « Oui, c'était un bon message. » La persistance représente une application pratique de la vérité reçue, et c'est cela qui constitue Son Église. Son Église, c'est le lieu où ce qui vient de Lui est reçu, où le cœur se livre tout entier, où tout est vie pour nous.

Il y avait de la part de Marie cet abandon à la parole du, Seigneur, et c'était probable­ment ce qui déplaisait à Marthe. Avide des paroles du Maître, Marie était livrée tout en­tière à ce qu'elle entendait. Et c'est précisé­ment ce que le Seigneur désire.

Je me demande quel serait le résultat si nous adoptions cette attitude à l'égard de cha­que parole de vérité divine qui nous serait adressée. Quant nous pensons à la somme de vérité que nous avons reçue, nous ne pouvons faire autrement que nous poser cette ques­tion; dans quelle mesure toute cette vérité a-t-elle été mise en pratique par chacun de nous? Il ne faut pas chercher ailleurs l'expli­cation de la puissance spirituelle qui carac­térisait les premiers croyants. Ils prenaient, à l'égard de tout ce qu'ils entendaient, une atti­tude pratique, et ils persistaient dans l'ensei­gnement qu'ils recevaient. Ils ne s'en allaient pas en disant: « Pierre a prêché un merveilleux sermon aujourd'hui ! ». Non, ils persis­taient dans l'enseignement des apôtres.

Voilà ce que le Seigneur demande. C'est cela qui satisfait Son cœur. Marie se tenait assise à Ses pieds et persistait à écouter Sa parole; c'est ce qui remplissait Son cœur de joie, alors que tout le reste l'avait attristé et déçu. Il y a là quelque chose qui doit être un des traits distinctifs de la vie des enfants de Dieu: la satisfaction de Son cœur. Et ce qui satisfait le cœur du Seigneur, c'est sim­plement que nous nous saisissions de Sa Pa­role, que nous l'apprécions à sa juste valeur, que nous la considérions comme la chose es­sentielle. L'assemblée doit être, pour le Seigneur « la maison des figues ».

Un Service bien Ajusté

Nous passons maintenant à Marthe. « Or Marthe était absorbée par divers soins; elle vint et dit... », Le grec est très fort ici. ­ Il signifie qu'elle vint à Jésus et Le mit en cause personnellement. Ce qu’elle dit sous-entend qu'à ses yeux, c'était Lui qui était responsable de cette situa­tion, et si elle avait exprimé toute sa pensée, elle aurait dit: « C'est Toi qui es responsable, Tu es engagé dans cette affaire, et c'est à Toi de remettre tout en ordre. » Tel est le sens qui transparaît dans le texte original. Elle Le considère comme le responsable, qui pourrait, s'Il le voulait, et qui devrait mettre de l’ordre dans cette situation. Au fond, elle a perdu patience. Elle avait longtemps refoulé son mé­contentement, mais à la fin elle ne peut plus le retenir. Elle vient à Jésus et elle s’exprime avec force : «Seigneur, ne te soucies-tu pas de ce que ma sœur me laisse toute seule à servir? Dis-lui donc qu'elle m'aide. »

J'aimerais que nous puissions saisir l'acuité de la situation; cela nous aiderait à compren­dre Marthe; il faut nous mettre à sa place pour saisir la cause de sa mauvaise humeur. « …distraite par beaucoup de service » – est à peine suffisant pour exprimer la réalité de la situation. La traduction n’exprime pas tout à fait ce qui se passait. Le mot grec employé ici et traduit par « distraite » si­gnifie proprement « tirée de tous cotés », peut-être son visage traduisait quelque anxiété. N'avons-nous jamais vu un visage contracté par l'anxiété? C'était probablement le cas de Marthe. Et quelle était la cause de cette anxiété? Beaucoup d’occupations. Ce que le Seigneur dit à Mar­the, c'était en réalité ceci: «Marthe, Marthe, tu es en souci et tu te tourmentes de beaucoup de choses, mais il n'est besoin que d'une seule.» Une seule chose est nécessaire; et tu es absorbée jusqu'à l'anxiété par tes nombreuses occupations; tu te donnes plus de travail que tu ne peux en faire. Tu commences à t’en rendre compte maintenant, n'est-ce pas?

Telle était la situation. Ce qui était néces­saire, de la part de Marthe, c'était un ajus­tement de son attitude à l'égard des choses pratiques, afin que ce qui était le plus im­portant puisse avoir sa place. Ce n'est pas que le Seigneur ait été opposé à ce que Marthe leur prépare un repas. Mais il voyait cette affaire de repas devenir pour Marthe quelque chose de tellement compliqué et dispropor­tionné, que les choses les plus importantes se trouvaient reléguées à l'arrière-plan. Les cho­ses secondaires prenaient pour Marthe toute la place et absorbaient tout son temps.

Oui, un repas est une bonne chose; mais prenons garde à rester en toutes choses dans une juste proportion. Veillons à ce que les choses temporelles ne submergent pas notre vie spirituelle. Ne permettons pas aux choses qui passent de nous inquiéter, de nous absor­ber, de nous accaparer à tel point que les réalités spirituelles en soient éclipsées. Toutes les choses sont bonnes, pourvu qu'elles soient à leur place. Mais la seule chose, celle qui devrait maintenir toutes les autres à leur pro­pre place, c'est la Parole qui nous vient de la bouche du Seigneur.

Nous le voyons, c'est une question de priorité. La question est de savoir à quoi nous donnons le plus de valeur, sur quoi nous mettons l'accent. C'est la question de savoir si nous permettons aux choses de cette vie de nous absorber, de nous préoccuper , de nous amener à l'anxiété, au point de plus avoir ni de place ni de temps pour les choses essentielles. Nous sommes certainement tous d'accord, et nous ne discutons plus l'attitude du Maître à l'égard de Marie, maintenant que nous comprenons la situation dans son contexte. Ce qui était nécessaire, c'était un réajustement de toutes choses, afin que , bien que les moins importantes aient leur place, la place qui leur est propre, que les choses suprêmes puissent prédominer, et ne soient pas submergées par celles qui, après tout, ne sont que pour un temps.

Telle était donc la situation à Béthanie. Or dans la Maison de Dieu, ce qui importe beaucoup plus que tout notre travail, que tout surmenage dans les­quelles nous sommes engagés pour faire face aux mille et un devoirs de notre service chré­tien – la seule chose qui importe, est d'ap­prendre à connaître le Seigneur et de Lui donner l'occasion de Se faire connaître. Trop souvent, dans ce qu'on appelle ‘l'église’, les innombrables activités couvrent la voix du Sei­gneur, et L’excluent. Nous ne pen­sons plus qu'à ce que nous faisons, et si peu à Lui donner le temps de nous parler. Ce qui peut Le satisfaire, c'est de nous voir à cette place et dans cette attitude qui révè­lent un ajustement de toute notre vie aux réalités suprêmes. C'est la leçon que nous donne Marthe.

Le Parfum Répandu

Nous prenons maintenant, pour notre quatrième point Matthieu 26 :6-13 : «Et comme Jésus était à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux, une femme, ayant un vase d'albâtre plein d'un parfum de grand prix, vint à lui et le répandit sur sa tête comme il était à table. Et les disciples, le voyant, en furent indignés, disant: A quoi bon cette perte? Car ce parfum aurait pu être vendu pour une forte somme, et être donné aux pauvres. Et Jésus, le sachant, leur dit: Pourquoi donnez-vous du déplaisir à cette femme? car elle a fait une bonne oeuvre envers moi; car vous avez toujours les pauvres avec vous, mais moi, vous ne m'avez pas toujours; car cette femme, en répandant ce parfum sur mon corps, l'a fait pour ma sépulture. En vérité, je vous dis: En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, en mémoire d'elle. »

Nous sommes de nouveau au village de Bé­thanie. Il y a là une femme, avec un vase d'albâtre, rempli d'un parfum excessivement précieux qu'elle répand sur la tête de Jésus. Cet incident fait ressortir, en tout premier lieu, le fait que, dans l'ordre des valeurs, le Seigneur Jésus occupe la première place. Et c'est trop peu que de dire la première place. Il est au-dessus de tout, et en dehors de toute comparaison. Quelqu'un à Béthanie a re­connu la valeur du Seigneur Jésus.

La remarque faite par tous ceux qui regardent cette femme, revient à ceci: « Il n'en est pas digne ». C'est au fond ce qu'ils veulent dire : « Il ne le mérite pas », bien que, naturelle­ment, ils n'osent pas exprimer leur pensée de cette manière. Mais elle, elle a reconnu Sa valeur. Elle sait qu'Il mérite ce qu'elle a « d'infiniment précieux ». C'est la valeur infi­niment précieuse de Christ qui a été discernée ici, qui est reconnue. C'est là, je pense, le trait caractéristique de cet incident. Et c'est un trait de Béthanie; c'est un trait de la chambre haute; c'est un trait de « Mon Église »; c'est un trait distinctif du rassemblement de ceux qui sont au Seigneur; c'est un trait de ce peuple qui est selon Son cœur. Reconnaître combien Sa Personne est infiniment pré­cieuse; reconnaître Sa valeur sans prix; reconnaître que rien ne sera jamais trop préc­ieux pour être déposé à Ses pieds. « C'est donc pour vous qui croyez, qu'elle a ce prix »(1 Pierre 2 :7).

Tout cela est très simple; et cependant ce geste a mérité l'appréciation profonde du Sei­gneur Jésus; c’est encore un trait distinctif d’un village tant aimé. En d'autres termes, c'est ce qui fait du rassemblement des Siens quelque chose de grande valeur pour Lui ; c'est la place où Il est reconnu dans tout ce qu'il est, où Il est apprécié et honoré dans toute Sa valeur et toute Sa dignité. C'est ce qui doit marquer la Maison du Seigneur; et c'est une caractéristique qui doit se dévelop­per de plus en plus, et à laquelle nous devons veiller: reconnaître de façon spontanée et toujours grandissante la précieuse valeur et la dignité infinie du Seigneur Jésus.

Quelle différence entre cette atmos­phère de Béthanie et un système ecclésiastique traditionnel! On ne peut vraiment pas dire que la caractéristique d’un tel système soit l’appréciation réelle de la dignité et de la valeur infinies du Seigneur Jésus. Là où se trouve cette appréciation, vous avez l'assem­blée, telle que Dieu la conçoit. Là où elle n'est pas, malgré tous les ornements et les apparences extérieures, vous n'avez pas l'as­semblée selon la pensée de Dieu, celle en la­quelle Son cœur prend plaisir.

Mais il y a encore autre chose, me semble­-t-il. Il a fallu que le vase fût brisé pour que la valeur précieuse du parfum se répandit. Il faut que le vase de terre fragile que nous sommes, et dans lequel « nous portons ce tré­sor », soit brisé, pour que soit manifestée et exprimée la gloire de Christ. Tant que le vase est entier, tant que l'argile qui le cons­titue est intact et solide, tant qu'il attire les regards sur lui-même et fait dire à son en­tourage: « Quel beau vase! quel magnifique spécimen d'albâtre! » – le secret nous en échappe. Nous pouvons faire l'éloge de cer­tains hommes, de leur intelligence supérieure, de leur prédication éloquente, de toute leur personnalité, prendre en considération le vase, la personne, tandis que tout ce qui est à l'in­térieur reste caché, scellé. Mais si le vase est brisé, s'il est mis en pièces, alors nous dé­couvrons le sanctuaire, le lieu secret d’où rayonne la gloire du Christ.

Nous voyons cela chez Paul. Nous pouvons supposer que Saul de Tarse ait été, tant au point de vue intellectuel qu'au point de vue moral et religieux, un vase d’albâtre de choix. Il nous dit lui-même qu'il l'était; il nous dit tout ce qu'il était, tout ce dont il tirait gloire. tout ce qui forçait l'attention et, sans aucun doute, soulevait l'admiration des hommes. Mais ce vase fut brisé; et dès lors ce n'est plus Saul, et ce n'est plus même Paul, mais c'est la beauté et la gloire de Christ. « La bonne odeur de Christ » (2 Corinthiens 2 :15), le parfum de Christ se ré­pand lorsque le vase est brisé, et, bien-aimés, il en est exactement de même dans notre expé­rience. Dieu a permis que l'Église, la vraie Église, soit écrasée, mise en miettes, de siè­cle en siècle; et Il permet souvent que ses membres individuels soient brisés encore et encore. Mais combien l’histoire a prouvé, pour l'Église comme pour l'individu, que ces écrasements, ces brisements, ces épreuves, ont eu pour effet une expression merveilleuse de la gloire de Christ!

Il doit en être ainsi. Nous traversons une nouvelle épreuve, qui nous brise plus pro­fondément : nous exprimons parfois notre expérience en d'autres termes, et disons que nous entrons plus profondément dans la mort de Christ, ou que nous faisons une nouvelle expérience de la Croix. De quelque manière que nous l'exprimions, cela signifie brise­ment; c'est le vase qui se brise. Mais croyez-­moi, bien-aimés, cela signifie aussi une ex­pression plus pleine et une connaissance plus complète de la gloire de Christ, ces expériences nous amèneront à une appréciation toute nouvelle du Seigneur. C’est dans les épreuves que nous Le découvrons, et cela toujours plus profondément. Ainsi, l'Église passe par le chemin de la Croix; et c'est par le brisement et par le chemin de l'humiliation qu'elle arrive à connaître et à apprécier la valeur infinie du Seigneur Jésus.

La Puissance de Sa Résurrection

Nous passons maintenant à l’Évangile selon Jean et au récit bien connu du chapitre onze. C'est de nouveau Béthanie qui en est le cadre, et nous sommes celte fois en présence de la résurrection de Lazare. Nous ne nous arrête­rons pas à tous les détails de cette histoire, mais nous irons rapidement à l’un de ses dénoue­ments.

Béthanie, dans ce cas particulier, devient la scène, le théâtre de la manifestation de la puissance de résurrection, de la vie de ré­surrection. Il y a beaucoup d'autres choses à relever ici. Il y a une expression merveil­leuse de l'amour, et il y a une expression merveilleuse de communion fraternelle dans ce chapitre! Encore bien loin de Béthanie, le Seigneur dit à Ses disciples: « Lazare, notre ami, s'est endormi. » « Notre ami », non pas « mon ami », mais « notre ami ». Nous le voyons, c'est la com­munion fraternelle. «Or Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare ». Quel amour il dans ces simples paroles. Tous ces traits sont les caractéristiques de Béthanie; mais le trait transcendant ici, c'est la manifestation de Sa résurrection, la puissance de Sa résurrection, la vie de résurrection.

Ici encore, Béthanie est une illustration de Son Église, qu’Il bâtit Lui-même. Nous le sa­vons par l'épître aux Éphésiens, l'épître de l'Église, comme nous l'appelons. Nous n'avons pas besoin d’aller très loin dans la lecture de cette lettre pour y trouver que Dieu « nous a vivifiés ensemble avec le Christ », (2 :5).

L'Église est le vase dans lequel se mani­feste la puissance de Sa résurrection; et nous devons non seulement en faire un article de foi et un objet d'enseignement, mais il nous faut mettre la vérité à l'épreuve. Il faut que l'assemblée, telle que le Seigneur la conçoit, soit bien le lieu où se manifestent Sa puis­sance et Sa vie de résurrection.

De telles affirmations nous laissent très sou­vent, je le sais, une impression de vide. Oui, il devrait en être ainsi. Tout comme nous savons que nous devrions être crucifiés avec Christ, nous savons aussi que nous devrions être ressuscités avec Christ; et il est bien vrai que nous devrions connaître la puissance de Sa résurrection, et Sa vie de résurrection. Nous le disons, et le répétons, et cependant, les choses en restent là. Comment tout cela se fera-t-il ?

Nous avons quelque chose à faire, bien­-aimés. Il nous faut reconnaître premièrement que le but spécifique pour lequel le Seigneur a amené à l'existence Son Église, c'est de manifester par elle la puissance de Sa résur­rection; et nous devrions nous consa­crer au Seigneur en vue de ce but précis. C'est là le chemin. Nous reconnaissons le but, l'objet même pour lequel nous faisons partie de cette Église, de ce Corps: c'est pour qu'Il puisse déployer en nous, et par nous, Sa puissance et Sa vie de résurrection. Reconnaissant bien alors que c’est là le but, et le seul but, nous sommes au clair avec le Seigneur : nous Lui sommes consacrés. Et là s’arrête notre responsabilité, si c'est de tout notre cœur que nous avons pris cette décision, le Seigneur commen­cera alors Son oeuvre.

Nous ne pouvons pas plus nous ressusciter nous-mêmes que nous crucifier nous-mêmes, mais nous devonS comprendre que les voies du Seigneur à notre égard n'ont d'autre but en vue, que te manifester la puissance de Sa résurrection. A cet effet, Il devra souvent nous conduire par des chemins obscurs, mys­térieux, inexplicables; nous nous trouverons parfois dans une situation si extraordinaire que nos vrais intérêts nous paraîtront comme irrémédiablement compromis; nos circons­tances seront telles qu'aucune ressource hu­maine ne pourra y remédier. Les choses iront si loin qu'il ne se trouvera aucune puissance dans le monde tout entier pour sauver lu si­tuation. Il permettra la mort et la désagrégation d'agir, de sorte que rien, rien dans tout l'univers ne puisse intervenir – excepté la puissance de Sa résur­rection.

Nous arriverons ainsi à cette place où était parvenu Abraham, – lui qui est devenu le grand héros de la foi, qui persévéra et entra dans l'expérience de la résurrection. « Et n'étant pas faible dans la foi, il n'eut pas égard à son propre corps déjà amorti » (Romains 4 :19). C'est l’expression qu'emploie l'apôtre en parlant d'Abraham, et qui signifie, « son corps était comme mort ». Et Paul entrera plus tard dans celte même expérience, et nous dira: « Mais nous-mêmes nous avions en nous-mêmes la sentence de mort, afin que nous n'eussions pas confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts » (2 Corinthiens 1 :9). Quelles que soient les choses que puissent faire les hommes dans le domaine de la création, ils sont arrêtés, impuissants, dès que la mort les a frappés; ils ne peuvent alors plus rien. La résurrection est l'acte de Dieu, et de Dieu seul. Les hommes peuvent faire beau­coup de choses tant qu'ils ont la vie, mais quand la vie leur est enlevée, il n'y a que Dieu qui puisse agir. Et Dieu permettra sou­vent, pour Son Église et ses membres, des situations telles qu'il ne reste, au point de vue humain, aucun espoir de secours ou de délivrance, afin de manifester Sa puissance, cette puissance qui Lui propre, dans laquelle l'homme ne trouve acune place pour sa propre gloire.

Le Seigneur Jésus dit donc: «Cette maladie n'est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle» (Jean 11 :4). Glorifié! C'est à cet ordre de choses que nous sommes consacrés. En d'autres termes, par notre con­sécration, nous avons accepté une ligne qui, au point de vue humain, est sans espoir – ­la mort à nous-mêmes; mais combien nous sommes lents à l'accepter dans son effet et sa réalité agissante. Quand les circonstances prennent une tournure désespérée, nous nous regimbons si facilement, en pensant que tout va mal; il se peut, au contraire, que tout aille bien, au point de vue du Seigneur ! Oui, la situation est désespérée, et le fait que Dieu l'a permise n'enlève rien à l'acuité de notre détresse, ni au tourment qu’elle provoque; mais si elle est pour le Seigneur une occasion suprême d’établir Son témoignage, de manifester ce qui Lui tient le plus à cœur, alors tout n'est-il pas justifié ? Oui, l'issue nous prouvera que cela était nécessaire.

Lorsque, dans l'éternité, nous reverrons toute l'histoire de l'Église, qui est Son Corps, et que nous nous rendrons compte de tout ce qu'elle a réellement traversé, nous serons obligés de confesser qu'aucune institution humaine, aucune organisation, n'au­rait été capable de supporter ce que les saints ont enduré. Lorsque nous comprendrons tout cela à la lumière de l'éternité, et que nous apprécierons cette œuvre selon des mesures vraiment spirituelles, nous reconnaîtrons que rien, ni personne, ne pouvait l’accomplir et la faire triompher, que Dieu le Tout-Puissant Lui-même. Nous réalise­rons que l'Église est devenue, sans aucun doute, le véhicule, l'instrument, le moyen d'expression de « l'excellente grandeur de sa puissance » (Éphésiens 1 :19), et ceci n'est pas peu dire. S'il faut « l'excellente grandeur de Sa puissance » pour atteindre ce résultat, cela nous montre de quel abîme nous avons été retirés. Si «la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes» (1 Corinthiens 1 :25), que doit alors représenter « l'excellente gran­deur de sa puissance » !

Oui, c'est cela la résurrection. C'est à la résurrection, nous le savons, que se rattache ce passage : « ... quelle est l'excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l'opération de la puissance de sa force, qu'il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d'entre les morts» (Éphésiens 1 :19-20). Or, cette puissance s’exerce « envers nous qui croyons ».

Maintenant l’Église, le témoignage de Béthanie, doit être le témoignage de la puissance de Sa résurrection. Et si Ses méthodes à notre égard rendent nécessaire l'exercice d'une telle puissance, c'est donc que nous sommes une vraie expression de ce qu’Il désire pour Son Église.

La Célébration de Sa Victoire

Nous passons du chapitre onze de Jean au chapitre douze: « Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie où était Lazare, le mort, que Jésus avait ressuscité d'entre les morts. On lui fit donc là un souper; et Marthe servait … ». (Marthe évidem­ment n'avait pas déduit de l'observation que le Seigneur lui avait faite auparavant, que le service était une erreur; elle continue à ser­vir – mais maintenant tout est en ordre). « … et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui. Marie donc, ayant pris une livre de parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux; et la maison fut remplie de l'odeur du parfum. »

C'est une fête que nous avons ici, et cette fête comporte plusieurs éléments. L'un d'eux est représenté par Marie et son action, qui parle d'adoration. De nouveau c’est une ap­préciation de la vraie valeur et de la vraie di­gnité de Christ qui est en vue. C’est cela l’adoration. Ainsi, l'ado­ration – selon la pensée de Dieu – est toujours et simple­ment, notre appréciation de toute la valeur du Seigneur Jésus; elle consiste à faire mon­ter devant Dieu, comme un doux parfum, l'expression de tout ce que représente Son Fils pour nous. Cela peut paraître très simple, mais l'adoration dans son essence la plus pure consiste à dire au Père ce que nous pensons du Seigneur Jésus. Voilà la raison d'être du ras­semblement des enfants de Dieu. C'est ce que nous enseigne Béthanie.

Marthe – oui, Marthe sert, mais c’est main­tenant un service bien ajusté. Elle sert en­core, mais tout est en ordre; il n'y a plus aucun reproche. Son visage n’est plus tendu par l'anxiété; elle sert dans une maison et dans une atmosphère de résurrection. Son service s'est adapté. Dans la maison du Sei­gneur, le service est maintenant selon Sa pen­sée, alors que le service est associé à l'adoration dans une juste proportion. On sent maintenant qu'une œuvre d'adaptation s'est faite entre les deux sœurs. Auparavant, chacune tirait de son coté, les choses manquaient alors d’harmonie et d'équilibre dans leurs devoirs respectifs, maintenant un ajustement est rétabli, et elles s'entendent en toutes choses. C'est un service ajusté, accompli sur une base nou­velle.

Lazare est à table, et il représente natu­rellement le principe de la vie. de la vie de résurrection. Cela encore est une marque dis­tinctive de la maison du Seigneur : l’adoration, un service ajusté, la vie de résurrection.

Malheureusement, il y a toujours une menace qui est là, tout près : « Pourquoi ce parfum n'a-t-il pas été vendu trois cents deniers et donné aux pauvres?» ­Quand l'assemblée est exactement selon la pensée du Seigneur, nous trouvons tou­jours le Diable tout près, aux aguets. Cela peut être du reste un compliment pour l'assemblée, car le Diable ne portera certainement jamais un regard jaloux sur une chose qui ne satisfait pas le cœur du Sei­gneur. Il en est toujours ainsi. Dès que nous commençons à parvenir à ce qui sera une satisfaction pour le cœur du Sei­gneur, nous nous apercevons qu'un élément menaçant la guette et cherche à détruire cette adoration, à détourner cette appréciation du Seigneur. Et cela devient un aspect de l'assemblée elle-même : le Diable désirant jalousement ce que le Seigneur cherche à obtenir, et s’efforce de le dé­tourner à son profit.

L'Église est le rassemblement de ceux qui apportent au Seigneur Jésus ce qui Lui revient. Or, Je toute éternité, le Dia­ble à concentré tous ses efforts pour dérober au Seigneur Jésus ce qui Lui revient. Il le fera dans l'assemblée, s'il le peut, car l'as­semblée est le l’instrument par lequel le Seigneur obtient ce que Son cœur recherche.

Au Dehors et Au Dessus

Nous terminons maintenant par la dernière mention que nous ayons de Béthanie dans Luc 24 :50-52 : «Et il les mena dehors jusqu'à Béthanie, et, levant ses mains en haut, il les bénit. Et il arriva qu'en les bénissant, il fut séparé d'eux, et fut élevé dans le ciel. Et eux, lui ayant rendu hommage, s'en retournèrent à Jérusalem avec une grande joie.» Soulignons trois choses : « Il les mena – Il les bénit – Il fut élevé » . Sortir avec le Seigneur, être à part avec Lui, sous Sa bénédiction, et être unis à Lui dans le ciel. Pour employer l'expression de Paul: « ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes» (Éphésiens 2 :6). Voilà Béthanie, c’est là l'Église, voila ce que le Seigneur désire aujourd'hui dans la vie de Son peuple.

Retournons à Béthanie afin que notre cœur soit travaillé par ces choses, recherchant à ce que le Seigneur ait en nous ces traits qui répondent à Sa pensée. Et ce que nous faisons personnellement, cherchons à le faire aussi dans notre vie spirituelle corporative, dans ces assem­blées, ces églises locales dont nous faisons partie, afin qu'elles deviennent, elles aussi, de véritables Béthanies, ces villages qui sont des expressions de la grande cité de Dieu, la Jérusalem céleste.