La Manne Cachée
par T. Austin-Sparks

(Traduit par Didier Lebeau)

« Mais pendant ce temps, les disciples le priaient, disant, Rabbi, mange. Mais il leur dit, Moi, j’ai de la nourriture à manger que vous, vous ne connaissez pas. Les disciples donc dirent entre eux, Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger? Jésus leur dit, Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre. » Jean 4 :31-34

« Ils lui dirent donc, Que ferons-nous pour faire les oeuvres de Dieu? Jésus répondit et leur dit, C’est ici l’œuvre de Dieu, que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. Ils lui dirent donc, Quel miracle fais-tu donc, toi, afin que nous le voyions, et que nous te croyions. Quelle oeuvre fais-tu? Nos pères ont mangé la manne au désert, ainsi qu’il est écrit, Il leur a donné à manger du pain venant du ciel. Jésus donc leur dit, En vérité, en vérité, je vous dis, Moïse ne vous a pas donné le pain qui vient du ciel, mais mon Père vous donne le véritable pain qui vient du ciel. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde. Ils lui dirent donc, Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. » Jean 6 :28-34

« Tout ce que le Père me donne viendra à moi; et je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi; car je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. » Jean 6 :37-38

« Jésus donc leur dit, En vérité, en vérité, je vous dis, Si vous ne mangez la chair du fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est en vérité un aliment, et mon sang est en vérité un breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que moi, je vis à cause du Père, de même celui qui me mangera, celui-là aussi vivra à cause de moi. C’est ici le pain qui est descendu du ciel, non pas comme les pères mangèrent et moururent, celui qui mangera ce pain vivra éternellement. » Jean 6 :53-58

« Ainsi tout bon arbre produit de bons fruits, mais l’arbre mauvais produit de mauvais fruits. » Jean 7 :17


Au chapitre 4 de l'évangile de Jean, versets 32 et 34, il se trouve une ou deux choses qui ne sont pas formellement énoncées, mais qui sont implicitement contenues dans le texte, et que nous allons examiner .

La première, c'est l'existence, pour le Seigneur Jésus, d'une source secrète de forces :

« Moi, j'ai de la viande à manger que vous, vous ne connaissez pas »

La deuxième, c'est une relation entre la volonté de Dieu, d'une part, et ces forces cachées, d’autre part.

La troisième, c'est que le tout apparaît lié, à son tour, à un plan d'ensemble, à un plan divin. Seul, le plein accomplissement de ce plan divin peut procurer la vraie satisfaction – exactement comme une nourriture appropriée apporte la satisfaction au corps quand il est fatigué. Le corps qui soupire après de la nourriture ne peut être absolument satisfait que par des aliments appropriés à ses besoins. Il en est de même de la relation avec Dieu qui nous est présentée ici. Dieu a un dessein, et la réalisation pleine et entière de ce dessein est l'unique voie par laquelle les besoins intérieurs puissent recevoir leur réponse et trouver leur complète satisfaction. Les affres de la faim ne peuvent disparaître, et la faiblesse du moment ne peut être surmontée par aucun autre moyen.

Le Chemin de la Plénitude: l'Obéissance

De ce qui précède, une chose ressort clairement: c'est que l'obéissance est le chemin de la plénitude. C'est ce que nous allons voir de près. Dans les passages que nous avons cités, c’est tout le problème de la nourriture qui se trouve soulevé.

Or, quelles en sont les données essentielles? Elles sont très simples: l'une est l'entretien de la vie. Une autre: la satisfaction d'un besoin. Une autre encore: la croissance, l'accroissement, le développement spirituel; grandir jusqu'à complète maturité, jusqu'à la stature parfaite.

En transposant ces choses dans le spirituel, on se rend compte à quel point la question de la nourriture est importante pour l'homme intérieur. Quand vous avez pris un repas, vous ne dites pas: Je suis prêt maintenant pour le reste de ma vie.

Interprété spirituellement, cela veut dire qu'il ne suffit pas au Seigneur de nous avoir simplement sauvés. Il veut nous voir grandir. Des enfants de Dieu qui ne sont pas nourris, qui ne se développent pas, qui ne trouvent pas, dans un ministère d'édification, les éléments de croissance dont ils ont besoin, sont les victimes inconscientes d'une terrible tragédie.

J'entendais dernièrement un frère, qui visite de temps en temps certaines :parties de l'Europe, parler d'une région où des réunions d'évangélisation spéciales ont eu lieu il n'y a pas très longtemps. Une multitude de gens ont fait profession de se donner à Christ. Or, sur cent personnes qu'on considère comme sauvées, il paraît qu'il yen a quatre-vingt-dix-neuf qui font marche arrière. La question fut posée: Pourquoi faut-il qu'il en soit ainsi? La réponse fut donnée sans aucune espèce d'équivoque ou d'hésitation: Il n'y a pas de nourriture spirituelle pour les faire croître. Au delà de ce qui peut les conduire à la foi en Jésus Christ, il n'y a à leur disposition, ni ministère ni soutient d'aucune sorte.

S'il en est ainsi dans ce petit pays d'où revenait le frère dont je parle, une telle situation est loin d'être particulière à cette partie du monde. On peut en dire autant de beaucoup d'autres; et tout cela représente une terrible tragédie, qui devrait être une salutaire rebuffade à ceux qui s'en vont en disant sans cesse: Sauvez des âmes! C'est la seule chose qui importe!

Une situation comme celle-ci crie vers le riel, et cette muette clameur ne pourra être apaisée que par un ministère capable de présenter Christ dans Sa plénitude. Outre ceux qui reviennent en arrière, que dire de ceux qui, sans nécessairement reculer, ne font jamais un seul pas en avant! La cause ne serait-elle pas la même ? Il n'y a certainement aucune raison de condamner un ministère qui serait exclusivement voué à la nourriture du troupeau, au traitement d'un état aussi lamentable, à la satisfaction de besoins aussi pressants!

Dans l'ordre naturel, la question de la nourriture est une question sérieuse et aiguë entre toutes, en raison de ses répercussions sur toutes sortes d'autres choses. Il en est de même dans l'ordre spirituel, où la sous-alimentation peut même avoir des conséquences encore plus graves.

Voilà ce que nous pouvons dire comme introduction générale à cette question de la nourriture spirituelle.

La Nourriture Céleste: sa Nature

Nourriture divine; manne céleste; pain d'en haut; de quoi s'agit-il donc?
Pour répondre à cette question, nous devons tout d'abord penser au Seigneur Jésus et à la vie qui a été la Sienne ici-bas. Nous verrons ensuite comment ce qui a été vrai de Lui, sur cette terre, doit être vrai de nous. Ce qui a été la base de Sa vie doit être la base de la nôtre. Car les sources auxquelles Il a puisé sont à notre portée. Essayons donc de nous représenter un peu la vie du Seigneur Jésus à cet égard. Nous commençons par prendre note de quelques déclarations qu’Il a faite: « J'ai de la nourriture à manger que vous, vous ne connaissez pas... » « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé et d'accomplir Son œuvre. » « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que moi, je vis à cause du Père. . . »

Nous citons ce verset jusque-là seulement, parce que dans la seconde partie c'est nous qui sommes en cause plutôt que Lui.

« J'ai une nourriture. . . Ma nourriture est d'accomplir la volonté de Celui qui m'a envoyé. . . Je vis par le Père. . . »

Des paroles comme celles-là mettent ce fait en évidence, à savoir que Sa relation avec le Père est liée à un dessein, au dessein de Dieu, pour lequel précisément Il se trouve ici sur la terre. Sa vie, dans chacun de ses détails, est réglée par une expression précise de la volonté de Dieu, Son Père. Autrement dit: pour Lui, la volonté de Dieu signifie et représente une œuvre à accomplir. C'est pour cette œuvre qu'Il est venu; c’est a son accomplissement qu’Il s’est voué. Mais l'activité pratique qui en découle exigeait que Ses forces fussent soutenues. Ce perpétuel renouvellement de Ses énergies, Il le trouvait en s’entretenant constamment avec le Père, pour toutes l